Le jus de betterave est devenu l’emblème du sportif plant-based à la recherche d’un coup de pouce naturel. Pourtant, d’autres légumes sont tout aussi riches, voire plus riches, en nitrates alimentaires. La roquette, les épinards et le céleri méritent une place de choix dans votre assiette avant l’entraînement. Voici tout ce que la science dit sur ces alliés méconnus de la performance.

Pourquoi les nitrates intéressent les sportifs

Les nitrates alimentaires (NO3-) sont des composés naturellement présents dans de nombreux végétaux. Une fois ingérés, ils suivent un cycle remarquable : la flore buccale les réduit en nitrites (NO2-), qui sont ensuite convertis en oxyde nitrique (NO) dans l’organisme.

L’oxyde nitrique est une molécule signal aux effets multiples sur la physiologie de l’exercice :

  • Vasodilatation : il relaxe les parois des vaisseaux sanguins, améliorant le débit sanguin et l’apport en oxygène aux muscles actifs.
  • Efficacité mitochondriale : il réduit le coût en oxygène d’un même effort, ce qui se traduit par une meilleure économie de course ou de pédalage.
  • Contractilité musculaire : il optimise la libération de calcium dans les fibres musculaires, améliorant la force et la puissance de contraction.
  • Récupération : en limitant le stress oxydatif post-effort, il contribue à une inflammation musculaire moins intense.

Une revue parapluie publiée dans Sports Medicine en 2025, synthétisant 20 méta-analyses sur les nitrates alimentaires, conclut à des bénéfices mesurables notamment sur les efforts de type time-trial et les exercices de haute intensité. Bonne nouvelle : ces bénéfices ne sont pas limités à la betterave.

La roquette : championne toutes catégories

Peu de gens le savent, mais la roquette (arugula) est la reine des légumes nitratés. Elle contient entre 400 et 480 mg de nitrates pour 100 g, contre environ 250 à 280 mg pour la betterave crue. Une étude citée par le Gatorade Sports Science Institute place la roquette en tête du classement, devant la betterave, le cresson et les épinards.

Ce que ça signifie concrètement : une portion de 200 g de roquette fraîche vous apporte environ 800 à 960 mg de nitrates, bien au-dessus du seuil de 310 à 560 mg généralement recommandé dans les études de performance (soit 5 à 9 mmol de NO3-).

Comment l’intégrer avant un effort

La roquette se consomme crue, ce qui préserve intégralement sa teneur en nitrates. La cuisson prolongée détruit une grande partie de ces composés.

Exemples pratiques :

  • Une grande salade de roquette avec graines de courge et citron, 2 à 3 heures avant l’entraînement
  • Un smoothie vert roquette, pomme, gingembre et jus de citron (goût plus doux que prévu)
  • Mélangée dans un pesto végétalien en remplacement du basilic

Les épinards : polyvalents et bien documentés

Les épinards contiennent entre 250 et 380 mg de nitrates pour 100 g selon leur maturité et leur mode de culture. Une étude publiée dans l’International Journal of Molecular Sciences en 2024 a comparé épinards rouges et verts comme alternatives à la betterave pour la performance sportive. Résultat : les deux variétés soutiennent l’endurance et la récupération chez des sujets sains, suggérant que la diversité des sources végétales nitratées est une stratégie efficace.

Les épinards présentent un autre atout : leur richesse en nitrite naturel est accompagnée de fer, de magnésium et de vitamine C, ce qui en fait une source de récupération globale, pas seulement un boosteur d’oxyde nitrique.

Attention à la cuisson

La cuisson des épinards réduit leur teneur en nitrates d’environ 40 à 70 %. Privilégiez :

  • Les épinards jeunes crus en salade ou smoothie
  • Les épinards légèrement blanchis (1 à 2 min) pour limiter les pertes
  • Les jus d’épinards froids préparés à l’extracteur

Note importante : évitez de brosser ou rincer la langue avant de consommer vos légumes nitratés. La flore buccale est indispensable à la conversion des nitrates en nitrites. Les bains de bouche antibactériens bloquent ce mécanisme et annulent l’effet ergogénique, comme l’a montré une étude publiée dans Free Radical Biology and Medicine.

Le céleri : l’oublié aux effets réels

Le céleri branche affiche une teneur en nitrates de 200 à 300 mg pour 100 g. Moins spectaculaire que la roquette, il reste une excellente source, particulièrement pratique sous forme de jus.

Des recherches menées à l’Université de l’Illinois ont montré que le céleri contient également de l’apigénine, un flavonoïde aux propriétés anti-inflammatoires, et du 3-n-butylphtalide (3nB), un composé qui favorise la relaxation vasculaire. Ce profil chimique complet en fait un aliment particulièrement intéressant pour la récupération et la tension artérielle au repos.

Recette pré-entraînement : Extracteur de jus avec 4 branches de céleri, 1 pomme verte, le jus d’un demi-citron et un morceau de gingembre. À consommer 60 à 90 minutes avant l’effort.

Autres sources de nitrates à connaître

Au-delà du trio vedette, d’autres végétaux méritent votre attention :

AlimentNitrates (mg/100 g)
Roquette400 à 480
Épinards250 à 380
Betterave crue250 à 280
Céleri200 à 300
Cresson150 à 250
Radis100 à 200
Laitue romaine50 à 100

Ces valeurs varient selon la saison, le mode de culture (les légumes cultivés en pleine terre et exposés à la lumière accumulent plus de nitrates) et la conservation.

Protocole pratique pour un sportif végétalien

Les études sur les nitrates alimentaires convergent sur plusieurs points pratiques :

1. Timing optimal Les bénéfices se manifestent 2 à 3 heures après la consommation. Planifiez votre repas ou jus nitrate riche en conséquence par rapport à votre entraînement ou compétition.

2. Dose efficace Visez 300 à 600 mg de nitrates par prise. Cela représente environ 100 à 130 g de roquette, 150 à 200 g d’épinards crus ou 200 à 250 g de céleri branche.

3. Régularité Certaines études montrent que les effets sont plus marqués après une supplémentation chronique de plusieurs jours plutôt qu’une seule prise aiguë. Intégrer ces légumes à votre alimentation quotidienne est plus efficace que les réserver à la veille d’une compétition.

4. Synergie avec la vitamine C La vitamine C présente dans les épinards et dans le citron ajouté à vos préparations favorise la conversion des nitrites en oxyde nitrique dans les conditions acides de l’estomac. C’est une association naturellement présente dans une alimentation végétale variée.

5. Éviter les inhibiteurs Bains de bouche antibactériens, IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) et certains médicaments contre l’acidité gastrique peuvent réduire l’efficacité du cycle nitrate-nitrite-NO. En dehors de raisons médicales, mieux vaut les éviter avant une compétition.

Ce que dit la recherche récente

Une méta-analyse publiée en 2025 dans PMC (Does Nitrate Supplementation Improve Muscle Strength, Power, and Sprint Performance in Females?) a analysé les données disponibles jusqu’en juillet 2025. Ses conclusions indiquent que la supplémentation en nitrates améliore significativement la puissance de sprint et la force maximale, avec des effets mesurables même chez les sportives entraînées.

Une autre méta-analyse portant sur le vélo de sprint ad haute intensité (publiée dans PMC en 2024) confirme que les nitrates alimentaires améliorent le temps d’atteinte de la puissance maximale, un paramètre clé dans les efforts explosifs.

Ce corpus de preuves positionne les légumes verts nitratés non plus comme de simples aliments santé, mais comme de véritables ergogènes naturels, accessibles à tout sportif végétalien sans aucun complément artificiel.

Conclusion : diversifiez vos sources de nitrates

La betterave restera une référence, pratique en jus concentré et bien dosée. Mais limiter vos apports en nitrates à un seul aliment est une occasion manquée. La roquette, les épinards et le céleri offrent des profils nutritionnels complets, une grande versatilité culinaire et des teneurs en nitrates tout aussi intéressantes, parfois supérieures.

Pour un sportif végétalien, intégrer ces légumes crus ou peu cuits plusieurs fois par semaine, en particulier dans les repas pré-entraînement, est une stratégie simple, économique et parfaitement alignée avec une alimentation plant-based optimisée pour la performance.


Sources scientifiques : Sports Medicine umbrella review 2025, International Journal of Molecular Sciences 2024 (spinach and exercise performance), PMC meta-analysis 2025 (nitrate and sprint/strength in females), PMC meta-analysis 2024 (dietary nitrate and cycling sprint), Free Radical Biology and Medicine (oral microbiome and nitrate cycling), Gatorade Sports Science Institute (dietary nitrate review).