Perdre du muscle tout en accumulant de la graisse : c’est ce qu’on appelle l’obésité sarcopénique, un phénomène insidieux qui touche près d’un adulte sur dix après 40 ans. Une nouvelle étude publiée dans Public Health Nutrition (2026) apporte un éclairage précieux sur le rôle des protéines, et notamment des protéines végétales, dans la prévention de ce double phénomène. Avec 14 816 participants, c’est l’une des analyses les plus larges jamais réalisées sur ce sujet.
Ce que dit l’étude
L’étude s’appuie sur la cohorte EPIC-Norfolk, un suivi épidémiologique de grande envergure conduit au Royaume-Uni auprès d’adultes âgés de 39 à 79 ans. Les chercheurs ont analysé la relation entre les apports en protéines (totales, animales et végétales) et la présence d’une obésité sarcopénique, définie par la combinaison d’une masse musculaire réduite et d’un excès de masse grasse.
Résultat : la prévalence de l’obésité sarcopénique atteignait 8,9 % chez les hommes et 11,9 % chez les femmes. Et les participants les plus touchés étaient systématiquement ceux qui consommaient le moins de protéines, toutes sources confondues.
Mais le chiffre le plus frappant concerne la force de l’association. Les personnes ayant les apports en protéines totales les plus élevés avaient un risque d’obésité sarcopénique réduit de 86 % (odds ratio : 0,14). Pour les protéines animales, la réduction atteignait 42 % (OR : 0,58). Et pour les protéines végétales, elle était de 54 % (OR : 0,46).
Autrement dit, les protéines végétales se révèlent légèrement plus protectrices que les protéines animales en termes d’association statistique avec la sarcopénie. Un résultat qui corrobore d’autres travaux récents sur la qualité des sources protéiques.
Les bénéfices étaient particulièrement marqués chez les femmes, les fumeurs et les personnes présentant des comorbidités comme le diabète ou les maladies respiratoires chroniques.
Pourquoi c’est important pour les sportifs véganes
Pour les athlètes et sportifs amateurs qui suivent une alimentation végane, cette étude apporte plusieurs enseignements pratiques.
Premier point : la quantité reste fondamentale. Quel que soit le régime alimentaire, un apport insuffisant en protéines est clairement associé à une perte de masse musculaire sur le long terme. Cela confirme que les sportifs véganes doivent être attentifs à leurs apports totaux, notamment passé 35-40 ans, lorsque la synthèse protéique musculaire commence à décliner naturellement.
Deuxième point : la source végétale est pleinement efficace. L’idée reçue selon laquelle les protéines végétales seraient “insuffisantes” pour maintenir la masse musculaire ne tient pas face à ces données épidémiologiques. Légumineuses, tofu, tempeh, edamame, céréales complètes : combinées intelligemment, ces sources couvrent les besoins en acides aminés essentiels.
Troisième point : les protéines végétales ont un avantage métabolique. Des données complémentaires publiées par NutritionFacts.org rappellent que les protéines animales sont riches en acides aminés branchés (BCAA), dont un excès chronique peut altérer la sensibilité à l’insuline. Les protéines végétales, plus pauvres en BCAA, contribuent à un meilleur profil métabolique sur le long terme, sans pour autant compromettre la construction musculaire lorsqu’elles sont consommées en quantité adéquate.
Des études à grande échelle (Harvard, 100 000 participants ; NIH-AARP, 400 000 participants) ont également montré qu’un simple remplacement de 3 % des calories protéiques d’origine animale par des protéines végétales réduisait la mortalité globale de l’ordre de 10 %. Ce n’est pas anodin.
Pour le sportif vegan de 40 ans et plus, le message est donc double : augmenter les apports protéiques globaux si nécessaire, et miser sur des sources végétales variées et bien combinées pour maximiser la biodisponibilité des acides aminés.
En pratique, viser 1,6 à 2 g de protéines par kg de poids corporel par jour reste une cible raisonnable pour les sportifs en phase d’entretien ou de développement musculaire. Les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots noirs), associées à des céréales complètes et des sources de protéines concentrées comme le tofu ou le seitan, permettent d’y parvenir sans difficulté.
À retenir
Cette étude à grande échelle confirme ce que la recherche suggère depuis quelques années : les protéines végétales ne sont pas seulement une alternative valable aux protéines animales, elles présentent des avantages spécifiques pour la santé métabolique et la composition corporelle sur le long terme. Pour les sportifs véganes soucieux de préserver leur masse musculaire en vieillissant, l’enjeu n’est pas tant de choisir entre végétal et animal que d’atteindre des apports protéiques suffisants, diversifiés et réguliers.
Pour aller plus loin sur la construction d’un plan alimentaire végane adapté à vos objectifs sportifs, découvrez notre guide complet des protéines végétales.
Source : Baabbad T. et al., “Dietary intake of total protein, animal- and plant-based protein is associated with lower likelihood of having sarcopenic obesity in 14,816 middle- and older aged men and women of the EPIC-Norfolk cohort”, Public Health Nutrition, 2026. Lien PubMed